Le douzième courtier. André Moulin a-t-il voulu nous livrer une parabole biblique ou nous accrocher par un titre à l'américaine ? Le message, clairement, appartient au premier genre ; mais le récit, rapide et tendu comme une course de fond, se lit comme un thriller dont l'énigme n'est éclaircie qu'à la fin. C'est la belle histoire d'un montagnard entrepreneur, l'excellent professionnel ayant, à l'évidence, puisé dans son expérience de grimpeur la motivation et la méthode qui ont fondé sa réussite.
 
André Moulin m'a initié, dans les années 70, à la varappe, sur les cailloux de Fontainebleau. Vingt ans après, il m'a guidé dans la diversification que je souhaitais engager au CEPME. Je l'ai retrouvé tel qu'en lui-même et je suis heureux qu'il m'ait demandé quelques mots de préface, signe de confiance réciproque et d'amitié, mais aussi chance pour moi de saluer le talent du chef d'entreprise, métier que la France colbertiste a trop longtemps méconnu et dont dépend notre avenir dans un environnement ouvert à l'économie mondiale de marché.
 
Au commencement, comme sur le seuil du refuge, il y a l'ambition, c'est-à-dire le regard vers le sommet Comment réhabiliter ce mot que la modernité confond trop souvent avec une vaine gloriole ?
 
Ici, il s'agit bien sûr d'accomplir un projet, de mobiliser énergie, intelligence et talent au service d'un noble but : «La lutte seule vers les sommets», disait Camus...
 
Ensuite, il y a la stratégie, la reconnaissance de la voie, affaire de réflexion tout autant que d'audace, d'intuition, mais aussi de prudente attention.
 
Et puis commence la «course», sans précipitation excessive qui couperait le souffle - «le pas lent du montagnard» - dans les passages difficiles, avoir toujours trois appuis et parfois, le moins souvent possible, prendre le risque de la bascule, avec l'élan, le geste précis, rapide et bien préparé.
 
Ainsi, André Moulin, partant d'un cabinet traditionnel et provincial de courtage d'assurance conçoit-il la construction d'un véritable groupe diversifié, par une double stratégie d'alliances et de partenaires domestiques et internationaux, et d'innovations techniques - prescience des révolutions de la «bancassurance» et de la gestion d'épargne.
 
Son entreprise, dès lors, n'est pas individuelle. C'est une aventure collective qui mobilise une équipe de collaborateurs, qui se nourrit d'une relation complexe avec les concurrents, les partenaires, les fournisseurs, et, bien sûr, les clients : dans le métier difficile du courtage, il sait que tout dépend du service rendu et du constant renouvellement de l'offre.
 
André Moulin nous donne une version particulièrement convaincante du rôle de chef qui lui incombe.
 
Il est exigeant, qu'il s'agisse du travail, de la qualité des produits, du respect rigoureux des principes financiers qui conditionnent la rentabilité des affaires et la réalisation du profit.
 
Il est totalement engagé et sans cesse en alerte, projeté dans l'avenir plus ou moins proche ; négociateur habile mais loyal, il est pugnace mais pragmatique dans l'action.
Il sait se battre pour son bon droit. Il peut perdre avec élégance. Mais il est heureux de partager la réussite avec les autres.
 
Son témoignage, par delà l'expérience d'un courtier d'assurance, est d'une portée plus large. Peut-être, comme il l'imagine dans son avant-propos, sera-t-il utile aux historiens du siècle prochain. Je suis sûr qu'il sera plus utile encore aux jeunes contemporains qui entrent dans la carrière d'entrepreneur et qu'il confortera ceux, aguerris, qui ont déjà parcouru un bout de chemin dans ce superbe métier.
 
Michel PRADA
Inspecteur Général des Finances
Président de la Commission des Opérations de Bourse
Le 12ème Courtier
par André Moulin
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